vendredi 3 avril 2009

Comprendre la phrase de base

La langue est un outil de pensée, d’identité et de liberté. Elle participe à l’éclosion des concepts et elle est une dimension essentielle du programme de formation au secondaire. Selon le programme de réforme du Ministère de l’Éducation, l’élève du secondaire doit apprendre à manier avec adresse les mots et les structures de la langue française pour communiquer. Pour ce faire, l’élève doit en comprendre les fondements, afin de se créer des repères culturels dans la langue et aussi pour créer des textes littéraires. L’élève doit, par conséquent, connaître la phrase de base. La compréhension de la structure de la phrase de base devient alors un outil essentiel à l’étudiant dans l’établissement de sa compréhension de la culture et de la communication. Selon Suzanne Chartrand, le modèle de la phrase de base correspond à une phrase de type déclarative, de forme active, positive, neutre et personnelle. Nous pouvons, alors, analyser à peu près n’importe quelle phrase complexe ou simple en autant qu’elle respecte ces formes. Selon Marie-Christine Paret, cette notion permet d’amener l’élève à généraliser et à se constuire un modèle de compréhension de la syntaxe des phrases du français.
Une phrase, selon le modèle de base, est composée de trois groupes principaux. Il y en a deux obligatoires et un facultatif. Le groupe du nom sujet (GNs) et le prédicat de phrase (GV) sont obligatoires. Le complément de phrase (CP) est facultatif. Si on prend, par exemple, l’énoncé suivant : «La petite fille continua son chemin.» Dans ce modèle, on retrouve deux des trois groupes constituants de la phrase, soit, un GNs «La petite fille», un GV «continua son chemin». On ne pourrait pas faire une phrase déclarative avec seulement le GNs «La petite fille», tout comme on ne pourrait pas faire une phrase composée seulement du GV «continua son chemin». Par conséquent, ces deux groupes sont obligatoires.
Ce premier modèle de phrase montre bien les constituants de base de la phrase et nous fait réaliser qu’elle est très utile, car elle permet une excellente fluidité du propos. Essayons encore avec un autre type de phrase :
« Au milieu de ce froid et de cette obscurité, une petite fille marchait dans la rue, la tête et les pieds nus »
Ici, ce modèle semble plus complexe, car il est constitué de plusieurs complément de phrase. Le complément de phrase (CP) est un groupe facultatif qui est déplaçable en tout point. Il peut aussi être constitué par une subordonnée. La seule différence est que le CP est déplaçable à peu près n’importe où dans la phrase. On peut le mettre au début d’une phrase, à la fin d’une phrase et au milieu d’une phrase, sans que le sens soit changé. Dans cet exemple, nous constatons que nous pourrions déplacer trois groupes de mots :
« [Au milieu de ce froid et de cette obscurité], une petite fille marchait [dans la rue], [la tête et les pieds nus] »
Nous pourrions ainsi les déplacer ou les enlever sans altérer le sens de la phrase. Exemples :
1. Une petite fille, [au milieu de ce froid et de cette obscurité], marchait [dans la rue], [la tête et les pieds nus].
2. Une petite fille marchait [la tête et les pieds nus], [dans la rue].
3. [Dans la rue, au milieu de ce froid et de cette obscurité], une petite fille marchait [la tête et les pieds nus].
4. Une petite fille marchait [la tête et les pieds nus], [au milieu de ce froid et de cette obscurité].
5. [La tête et les pieds nus], [au milieu de ce froid et de cette obscurité], une petite fille marchait [dans la rue].
6. [Au milieu de ce froid et de cette obscurité], une petite fille marchait.
7. Une petite fille marchait.
Comme on a pu le constater, le complément de phrase est déplaçable et effaçable. Il vient souvent rajouter des informations sur le temps, le lieu et la manière. Il n’est pas essentiel au bon fonctionnement d’une phrase. On a pu d’ailleurs, dans la phrase #7, constater que l’effacement total ne change absolument rien au sujet, ni au prédicat. Cependant, il est vrai que nous pourrions aussi effacer de la phrase, le mot « petite». Mais ce n’est pas un complément de phrase, car on ne peut le déplacer. (Ex : [Petite], une fille marchait ou Une fille marchait [petite]). Par conséquent, «petite» n’est pas un complément de phrase. Il est donc, complément du nom. On pourrait aussi appeler cela une relative. Selon Paret, une relative amène une spécification à l’égard d’un des constituants de la phrase et est donc considérée comme un complément de son antécédant. Si l’on prend par exemple, l’énoncé suivant :
«Il lui cria qu’il allait en faire un berceau quand, plus tard, il aurait des enfants»
On peut constater que «plus tard» vient rajouter une spécification au constituant du GV «quand il aurait des enfants». Bien qu’il semble déplaçable, nous ne pourrions pas le mettre au début de la phrase au complet. Nous déduisons alors que nous ne pourrions même pas enlever l’un ou l’autre de ces deux énoncés, au risque d’en altérer le sens. Nous ne pourrions que le déplacer à la fin de la phrase. Il se joint donc au GV. Pour résumer, si l’on prend la phrase qui suit :
«Dans la rue, les passants l’invectivaient …».
On peut remarquer en début de phrase que «dans la rue» est déplaçable. On pourrait en effet le déplacer à la fin de la phrase et cela donnerait, sans pour autant changer le sens du propos : «Les passants l’invectivaient, dans la rue, …» On pourrait aussi le mettre dant le milieu de la phrase entre le GNs et le GV : «Les passants, dans la rue, l’invectivaient.»
Nous pouvons aussi l’effacer sans que le sens de la phrase ne soit changé. (ex : Les passants l’invectivaient.). «Dans la rue» est donc un complément de phrase. Nous pouvons aussi remarquer que le complément de phrase est entouré de virgules la plupart du temps. Cela peut en faciliter l’identification.
La phrase de base est un modèle et un outil général. La seule faiblesse de ce modèle est l’aspect de la décomposition des constructions de phrases particulières telles que les phrases à présentatif et les phrases infinitives. ( Ex : Mais à quoi bon). En effet, ces phrases ne contiennent pas les deux constituants obligatoires des phrases régulières, soit le GNs et le GV. Le modèle de la phrase de base n’est donc que figuratif et ne s’applique pas à tous les types de phrases. En ce sens, il apparaît donc comme une faiblesse. Par contre, comme le dit si bien Paret : «C’est là qu’intervienne les manipulations, c’est-à-dire les tentatives de déplacer des groupes et des subordonnées ou des unités dans la phrase … afin de reconnaître quels rôles ils jouent en comparant les phrases obtenues avec la structure prototypique de la phrase de base». C’est donc pour dire qu’il faut faire réaliser, à l’étudiant, toutes les fonctions syntaxiques pertinentes, au sein de la construction de la langue écrite et de la compréhension de textes, à partir du modèle de la phrase de base.
Références:
Paret M.-C., La grammaire au cœur du texte, Québec Français hors série, p.52-53
Ministère de l’éducation, Programme de formation de l’école québécoise, 2003, p.7
Chartrand S., Grammaire pédagogique d’aujourd’hui, Graphicor, 1999, p. 65Léger V., Morin F., Le complément de phrase, Québec Français hors série, p54-56

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